Le gouvernement redouble d’efforts pour nous faire rire.

Dans un précédent billet j’ai décrit les remarquables efforts déployés par Jean-Michel A et Agnès B pour apporter un peu de dérision dans une actualité assez pénible. Le relais a été pris avec brio par le gouvernement et notre Président de la République, qui a payé de sa personne de manière impressionnante à cette occasion.

L’annonce du confinement a naturellement porté un coup au moral des Français. Tout le monde était bien conscient qu’il s’agissait d’une nécessité absolue pour éviter le pire, mais cette privation de liberté représentait néanmoins une contrainte lourde. Contrainte qui acceptait des exceptions, pour effectuer des achats de première nécessité ou pour se livrer à une activité physique (en évitant naturellement toute pratique collective).

Le gouvernement a eu l’astuce de donner une dimension ludique à ces exceptions en mettant en place cette Attestation de Déplacement Dérogatoire qui n’a d’équivalent dans aucun autre pays. A Londres un policeman va demander à la personne qu’il croise dans la rue ce qu’elle fait là et elle devra se justifier. A Paris le principe est identique mais la justification prend la forme d’une autorisation remplie par la personne elle-même.

Qui n’a rêvé d’écrire soi-même le « mot des parents » qui autorise de sortir du collège ou le certificat médical qui libère d’une obligation ? Nous en avons rêvé, Edouard Philippe l’a fait. En gros il m’est interdit de sortir mais je peux m’y autoriser moi-même.

Mais il est important que je le fasse par écrit. Car Castaner a surenchéri en ajoutant une dimension supplémentaire à ces auto-autorisations. Il a promis des contrôles nombreux et les chiffres annoncés font frémir puisqu’on aurait dépassé les 12 millions de contrôles de ces Attestations.

J’ai essayé d’expliquer la situation à un ami anglais : je ne peux sortir que si je m’en donne le droit. Mais je dois le faire par écrit car si je suis contrôlé et que je n’ai pas sur moi ma propre autorisation (sur papier libre) je serai verbalisé. Ma maîtrise de la langue de Shakespeare s’est révélée insuffisante pour expliquer la logique de ce système.

Mais mon interlocuteur a beaucoup rigolé. Ce qui montre que nos ministres n’ont pas travaillé pour rien : leur humour est très apprécié en dehors de nos frontières. Malheureusement et pour une raison que je ne m’explique pas les Français n’ont pas récompensé comme ils le méritaient leurs louables efforts humoristiques.

Devant cet échec Macron a dû une fois de plus prendre les choses en main. Il a tiré profit du débat qui monopolise l’attention de tous : pour ou contre la Chloroquine. Au-delà des habituelles querelles entre ignorants péremptoires il est à noter que cette controverse oppose même entre eux les véritables spécialistes et on trouve de très éminents professeurs de médecine dans les deux camps.

« Notre pays est celui qui a engagé le plus d’essais cliniques en Europe ».
Nous sommes les meilleurs.

Emmanuel Macron a entrepris de trancher ce débat. On peinerait pourtant à trouver dans son CV la moindre ligne justifiant qu’il ose même s’immiscer dans ces discussions entre scientifiques du plus haut niveau. Il n’en a cure et il prétend même trancher la question.

Il se déplace donc à Marseille pour discuter avec le Professeur Raoult, au mépris du confinement. Visiblement le sérieux de cet audit scientifique exige qu’il soit effectué sur place par le Président lui-même. Une visio conférence ne permettrait pas à sa sagacité de s’exprimer pleinement. Il va ainsi pouvoir nous annoncer lors de son allocution télévisée : « J’ai tenu moi-même à comprendre chacune des options possibles, à m’assurer que tout était essayé dans les meilleurs délais et avec rigueur ». Il s’est abstenu d’ajouter qu’il était entouré d’incapables et que nul autre que lui n’aurait pu effectuer ce travail.

En prenant cette posture de super savant notre Président espérait sans doute nous faire sourire. Cela n’a pas très bien marché mais reconnaissons lui un mérite : pour nous divertir il a pris le risque du ridicule en enfilant le costume d’un super-héros (sans le masque, hélas en rupture de stock).