La SMABTP liste les causes des sinistres les plus fréquents en gros oeuvre

Quelles sont les causes des sinistres les plus fréquemment rencontrés dans le domaine du gros œuvre ? L’assureur SMABTP l’a dévoilé dans un baromètre de la sinistralité récemment diffusé, tiré d’une analyse des fiches sinistres des années 2016 à 2018, sur des bâtiments âgés de cinq à sept ans. Plus de 13.000 dossiers ont été passés au cribles, dans lesquels SMABTP est assureur en dommages ouvrage ou pour lesquels un de ses sociétaires est mis en cause au titre de sa responsabilité décennale. Le but de ce travail : repérer les principales causes de sinistres et mieux cibler les messages à faire passer auprès des professionnels. Cinq domaines sont concernés : fondations et ouvrages enterrés, murs et façades lourdes, structures, carrelage et systèmes d’isolation thermique par l’extérieur.

 

Étanchéité à l’eau

 

Sans surprise, les défauts d’étanchéité à l’eau arrivent souvent en tête des causes des sinistres, quelle que soit la catégorie observée. Mais sous de multiples formes. « Cela peut venir de la structure en elle-même, des armatures, de la dernière couche qui n’est finalement pas assez imperméabilisante, d’un défaut de qualité du béton ou du sol… », liste Fabienne Tiercelin, directrice des relations extérieures et marketing de la SMABTP, contactée par Batiactu. Les situations sont le plus souvent complexes à analyser, et les responsabilités de chaque acteur tout autant. « Ce n’est pas parce qu’un mur se fissure que c’est de la faute de celui qui l’a posé », formule-t-elle. « Le problème peut aussi être lié à la conception et non à la mise en œuvre. » L’une des idées que souhaite pousser l’assureur, est celle de dire que derrière un sinistre il y a le plus souvent plusieurs causes et plusieurs acteurs impliqués, à différents stades de l’opération, conception, mise en œuvre et contrôle.

 

 

« Il y a une multiplicité des causes, défauts de conception ou de mise en œuvre, approximations, manque de formation des collaborateurs… Par ailleurs, dans un contexte où les délais de construction ont tendance à se réduire, certains vont faire l’impasse sur des délais de séchage », analyse Fabienne Tiercelin. La faible part attribuée au coût des études pourrait également être à l’origine de bon nombre de ces sinistres. « Quand un contrôleur ou un bureau d’études sont moins bien payés, ou doivent effectuer un travail plus restreint afin de réduire les coûts, cela ne peut que concourir à la formation de sinistres », assure-t-elle. C’est d’ailleurs, pour l’assureur, le vrai enseignement de ce baromètre : un bâtiment se construit en se donnant les moyens de réaliser les bonnes études (sol, structure, thermique, mise en œuvre propre et à temps…).

 

Mieux sélectionner les entreprises

 

Ceci est d’autant plus parlant en gros œuvre où le coût des sinistres monte vite. Il faut en effet ajouter au coût matériel de l’incident les coûts immatériels (pertes financières ou d’exploitation, comme l’exemple d’une chambre d’hôtel qui ne pourrait pas être louée). « Nous allons communiquer ces résultats à la maîtrise d’ouvrage, comme une aide à mieux sélectionner les entreprises et à être plus exigeant avec les maîtres d’œuvre », explique Fabienne Tiercelin. « Nous pouvons mieux faire, et tout le monde y a intérêt. »

 

« Référencer ainsi les cas concrets de sinistralité nous permet de mieux sensibiliser nos chefs d’entreprise »

 

Du côté des professionnels du secteur, on assure être favorable à ce type de travaux. « C’est une bonne initiative, à laquelle nous nous sommes associés, dans la mesure où la qualité est l’un de nos maîtres-mots », réagit Christophe Possémé, président de l’Union des métiers du gros œuvre (UMGO-FFB), auprès de Batiactu. « Référencer ainsi les cas concrets de sinistralité nous permet de mieux sensibiliser nos chefs d’entreprise et créer des fiches de bonnes pratiques ou des formations spécifiques, que cela soit sur le béton, la fissuration de certains ouvrages au niveau des enduits ou encore des mauvaises mises en œuvre. »

 

Les résultats du baromètre n’ont, en tout cas, pas étonné le président de l’UMGO. « L’évolution des métiers fait qu’on a une sinistralité qui augmente, avec des matériaux de plus en plus techniques, plus facile à poser, mais qui travaillent plus vite au niveau du bâti. Ils sont en général beaucoup moins souples qu’il y a quelques années. » Mais progresser sur ce front lui paraît indispensable, notamment pour limiter les coûts de ces sinistres, pour partie juridiques. « Auparavant, beaucoup de problèmes de ce type se réglaient de gré à gré, entre l’entreprise et la maîtrise d’ouvrage ; aujourd’hui, pour tout et pour rien on part dans des expertises judiciaires qui prennent des années, avec des coûts exponentiels à la clé. »