Les aviculteurs sceptiques après l’interdiction du broyage des poussins mâles

Les exploitants doivent se munir, avant le 1er janvier 2022, d’une machine qui évitera de tuer 50 millions de poussins mâles par an.

«Si le consommateur revendique le bien-être animal, il faut qu’il y participe!», pointe Étienne Gangneron, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitation agricole (FNSEA). Face à l’interdiction du broyage des poussins mâles dès le 1er janvier 2022, confirmée dimanche dans une interview au Parisien par le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie, les différentes instances de la filière avicultrice lancent un appel aux consommateurs français.

Il reste un peu plus de cinq mois pour que les couvoirs et les aviculteurs s’adaptent à la technique du «sexage in ovo», une méthode qui définit soit au bout de 9 jours, soit au bout de 13 jours, le sexe du poussin dans la coquille, grâce à une machine coûteuse fournie par une entreprise prestataire. «Au 1er janvier, tous les acteurs concernés doivent avoir émis le bon de commande de la machine demandée», déclare le cabinet du ministère de l’Agriculture. Chaque année, 50 millions de poussins mâles étaient broyés après éclosion parce qu’ils ne pondront pas d’œufs, sont jugés trop chers à élever et peu rentables car moins fournis en viande.

«Injonctions contradictoires»

Bien que l’annonce soit attendue, l’ancien ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, l’ayant évoquée dès 2020 lors de polémiques autour de vidéos de l’association L214, les délais annoncés divisent le milieu agricole. «Il y a une attente sociétale très forte autour du sujet», confirme Christiane Lambert, présidente de la FNSEA. «Mais le bien-être animal, comme l’environnement, a un coût.»

Sans réfuter l’importance de ces deux notions, la syndicaliste agricole française souligne l’influence de l’évolution du comportement des consommateurs. Avec 5 milliards d’œufs par an et 2800 élevages de poules pondeuses, l’idée socialement acceptée de la volaille à bas prix et l’interdiction du broyage des poussins «sont des injonctions contradictoires».

Pour Étienne Gangneron, l’ensemble de la société est responsable du problème: «À chaque fois que vous achetez une poule pondeuse pour votre jardin, comme c’est devenu la mode, c’est aussi un mâle broyé.» Christiane Lambert renchérit: «Il y a une vraie pédagogie à faire.»

Plan de relance insuffisant

D’autant plus que la technique de «sexage in ovo» représente un investissement élevé pour la chaîne de production. Pour les professionnels, les 10 millions d’euros intégrés au plan de relance par le ministère de l’Agriculture sont utiles pour accompagner la transition, mais ne suffisent pas. «La machine n’est pas achetée par les couvoirs. Mais ils prennent en charge 60% des travaux destinés à accueillir ce nouvel équipement», explique Philippe Juven, président du CNPO, l’interprofession française des œufs. Ces derniers coûteront plus cher en grande surface, ainsi que les poules pondeuses pour les éleveurs.

Mais surtout, pour les aviculteurs, la France ne doit pas être un cas isolé. «Pour l’instant, la France est compétitive, et assure sa propre souveraineté concernant ce marché. Il faut aller dans ce sens», analyse Philippe Juven. L’Allemagne a également voté, en mai, pour une entrée en application au 1er janvier prochain, une loi interdisant le broyage des poussins mâles.

Bien-être animal: le broyage des poussins et la castration des porcelets interdits en 2021 – Regarder sur Figaro Live