Polémique à Disneyland Paris après qu’une maman a été empêchée d’allaiter en public

Deux agents de sécurité ont demandé à une maman qui allaitait en public de se cacher. Après l’intervention de la ministre Marlène Schiappa, la direction a reconnu une erreur.

Une mauvaise publicité dont le parc d’attractions, rouvert depuis le 17 juin seulement, se serait bien passé. «Cher Disneyland Paris, allaiter un bébé n’est pas un délit. Que vous ayez des salles dédiées c’est bien, mais on ne décide pas où et quand un bébé va avoir faim. Ne vous mettez pas vous aussi à stigmatiser les mères, c’est assez dur comme ça partout ailleurs.» Le message, cinglant, publié sur Twitter, est signé Marlène Schiappa, ministre déléguée auprès du ministère de l’Intérieur, en charge de la citoyenneté, et ancienne secrétaire d’État chargée de l’égalité hommes femmes.

Deux jours plus tôt, c’est une citoyenne lambda, sur Twitter, qui avait dénoncé l’incident auquel elle avait assisté à Disneyland Paris – photographie anonymisant les visages des protagonistes – à l’appui. «Hier, vos agents de sécurité ont empêché une maman d’allaiter son bébé de deux mois au motif que cela choquait la clientèle étrangère! En France, en juillet 2021! Délit d’entrave à l’allaitement on en est où?», s’insurgeait ainsi Marie. Le message aurait pu passer inaperçu. Mais le sujet est devenu hautement sensible, notamment depuis une récente polémique similaire, lorsqu’une autre jeune maman, à Bordeaux cette fois, avait été giflée par une femme pour avoir allaité son fils dans la file d’attente d’un point relais.

Le message de Marie a ainsi été partagé près de 1200 fois sur le réseau social. Et les personnes citées dans le tweet, Marlène Schiappa et avant elle, la députée du Val-d’Oise, Fiona Lazaar (ex-LREM), qui souhaite la création d’un «délit d’entrave à l’allaitement maternel dans l’espace public», n’y sont pas restées indifférentes. Fiona Lazaar a ainsi réagi sur Twitter en rendant public son courrier, en date du 5 juillet, à la présidente de Disneyland Paris, où elle s’inquiète de faits «graves» et soulignait qu’une femme «a le droit d’allaiter son enfant quand il a faim et doit pouvoir le faire en tout lieu».

Le parc d’attractions a alors tenté d’éteindre la polémique, le 5 juillet, en se bornant à publier le même tweet en réponse à tout internaute critique, assurant qu’un centre dédié aux femmes souhaitant allaiter était mis à disposition des clientes, avec «du matériel adapté et confortable», comme des «sièges spécial allaitement».

C’était sans compter la réplique, inattendue, de la ministre Marlène Schiappa, visiblement toujours très attentive aux situations relatives aux droits des femmes.

« Ils m’ont dit qu’il y avait des gens d’autres cultures et d’autres religions qui peuvent me voir ».

La jeune maman, interrogée dans Le Parisien

Interrogée par Le Parisien mardi, Laura, la jeune maman australienne résidant à Paris, se remémore les faits. Alors que son mari et sa fille de cinq ans sont encore occupés sur une attraction, sa fille de neuf semaines se met à pleurer. Elle cherche alors un endroit pour allaiter. «Il y avait beaucoup de monde. Quand j’ai trouvé ce banc, j’étais contente», raconte-t-elle au quotidien. Mais après avoir allaité une dizaine de minutes, des agents de sécurité s’approchent pour lui demander de se couvrir. «On ne voyait pas grand-chose. Ils m’ont dit que si je ne voulais pas, je devais aller ailleurs. Qu’il y avait des gens d’autres cultures et d’autres religions qui peuvent me voir», détaille-t-elle.

C’est à cet instant que Marie, l’internaute de Twitter, – par ailleurs psychiatre de profession – assiste à la scène. «Les agents de sécurité lui répétaient en boucle que ce n’était pas autorisé par le règlement, en comparant cela au port du masque obligatoire. Cela n’a rien à voir, ça m’a énervé!», confie-t-elle au Parisien. En solidarité, elle décide de s’asseoir sur le même banc pour allaiter à son tour son enfant, sous le regard médusé des agents de sécurité. Quant au «Baby Center» de Mickey, il fait hausser les épaules de Marie: «En raison du Covid, il y a un nombre limité de places dans cette zone et parfois de l’attente».

À son départ du parc, Laura et son mari font une réclamation. Le directeur de la sécurité leur présente alors des excuses. Pour éteindre définitivement l’incendie, le parc d’attractions a fini par réitérer ses excuses publiques sur Twitter: «Nous regrettons profondément cette situation et présentons de nouveau nos sincères excuses à la maman concernée. La demande qui lui a été faite n’est pas en phase avec notre règlement intérieur et nos valeurs. Il n’y a aucune restriction sur l’allaitement à Disneyland Paris».

Le conjoint de Laura, de son côté, a tenu à remercier Marie sur son propre compte Twitter. Son épouse, assure-t-il, «s’est sentie complètement dépossédée de son droit à nourrir notre fille. J’espère que la législation va évoluer!»

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