À Étretat, à la pêche à la tâte

REPORTAGE – Aveugle, Christophe Leboucher est le dernier à pratiquer cette technique dans la cité balnéaire de Seine-Maritime. Rencontre à tâtons avec la nature et la beauté en compagnie de ce travailleur de la mer.

Il faut se hasarder au-delà de l’arche d’Étretat pour laisser le monde derrière soi. Nous avons rendez-vous avec l’aventure à 16h 04, avant que ne passe le train des crustacés. Sous le colosse de pierres, quand la marée se fait menaçante, le vent s’arrête un instant. «Vous entendez? Tout se déchaîne et se calme soudainement. On croirait entendre un monstre gronder derrière la pointe.» Christophe Leboucher enjambe les rochers, les embruns et passe de l’autre côté. Là où il n’y a ni digue, ni promeneurs, ni handicap. Car l’homme est aveugle, et il est le dernier pêcheur à la tâte d’Étretat.

«Bienvenue dans mes appartements», sourit Christophe Leboucher. Le voilà qui se glisse agilement entre les algues et les vagues scélérates: sa canne de malvoyant ne sert désormais qu’aux présentations. À droite, le rocher rond, dit rocher 80, indique le coefficient de la marée. Viennent ensuite les piscines -les grandes et les petites-, puis cette flaque «du coin à Raymond». Quant à ce gros amas de pierres

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