Guinguettes, discothèques, sites touristiques… Le boom des barnums de test

REPORTAGE – Avec le passe sanitaire obligatoire, de nombreux français et étrangers défilent sous les chapiteaux blancs pour se faire tester.

Devant une boîte de nuit, avant de rentrer dans une guinguette ou pour monter au sommet de la tour Eiffel… Avec le passe obligatoire et le grand nombre de non vaccinés, les barnums de test fleurissent devant ces lieux de loisirs et de tourisme. Et la foule s’y presse. Comme mardi dernier, aux pieds de la Dame de Fer, malgré la météo mitigée.

De nombreux Français et étrangers défilent sous trois chapiteaux blancs, installés à l’ouest du site, près de l’entrée numéro un, pour effectuer un prélèvement nasal. Ils récupèrent leur résultat en un quart d’heure. L’exigence de ce test pour effectuer la visite est plutôt bien acceptée. «Compte tenu de ma situation, je n’ai pu recevoir qu’une première dose vaccinale à Madrid, explique Martin Carlos, un Franco-Espagnol. Je trouve cela normal d’être testé puisque mon parcours vaccinal n’est pas complet. Il faut limiter l’expansion du virus.» Tout sourire, il vient d’être testé négatif et a reçu son attestation avec le QR correspondant. Il devra le présenter aux contrôleurs de la tour Eiffel.

Je suis contre le vaccin mais je n’ai pas d’autre choix. Je dois faire un test si je veux visiter l’édifice en compagnie de mes deux petits-enfants et de ma fille vaccinée

Danièle, retraitée du Val-d’Oise

Même les plus réticents se plient à la manœuvre. «Je suis contre le vaccin mais je n’ai pas d’autre choix. Je dois faire un test si je veux visiter l’édifice en compagnie de mes deux petits-enfants et de ma fille vaccinée» , témoigne Danièle, retraitée du Val-d’Oise. «Pourquoi faire un test? On est au grand air», interroge pour sa part Emine, une Kurde de 35 ans arrivée de l’est de la Turquie. Malgré tout elle a payé 30 euros pour être testée et accéder aux entrailles d’un monument qu’elle voulait voir depuis longtemps.

«Une mission importante»

Mais, certaines fois, c’est la douche froide pour les touristes. «Je ne m’attendais vraiment pas à être testée positive, avoue Sarah, jeune Vendéenne venue de La Roche-sur-Yon avec son amie Jenny pour visiter la capitale. Je suis en pleine forme et je ne me sens pas fatiguée. Malheureusement, on va devoir retourner à l’hôtel et faire une croix sur toutes les sorties car il faut un passe pour tout. Au moins, je ne vais pas contaminer d’autres personnes dans la tour.» Les bénévoles du chapiteau la laissent repartir en l’équipant d’un masque FFP2.

Un cas de figure qui se reproduit régulièrement. «Sur les 300 tests que nous réalisons au pied de la tour Eiffel chaque jour, 10 se révèlent positifs. Nous conseillons aux personnes positives de s’isoler et leur indiquons qu’elles seront contactées par la Sécurité sociale», affirme Ruben, pharmacien diplômé, directeur de Médilev .

Il s’agit de la société qui organise les tests Covid de A à Z, en fournissant non seulement le matériel médical mais aussi les barnums et les personnels aptes à faire les prélèvements: des étudiants en santé (médecine, pharma, kiné ou dentaire…). «Nous sommes aussi présents avec d’autres barnums devant une boîte de nuit, dans le 8e arrondissement, près des grands magasins et d’une péniche festive dans le 12e. Notre mission est importante car elle permet de laisser ouvertes des activités économiques tout en limitant les risques de contamination. On ne peut pas tout arrêter à cause du Covid. On a vu les dégâts par le passé.»

Pas une moindre organisation

Un peu plus loin, en aval de la Seine, toujours sur la rive gauche, se trouve la guinguette La Javelle, dans le 15e arrondissement. Pour pouvoir y accéder, il faut là aussi montrer son passe sanitaire. En cas de non-vaccination ou de bug de l’application, un barnum avec des bénévoles est là pour faire passer les tests. Ils sont envoyés par un groupement de pharmaciens, Pharmavance, selon le même principe que Médilev à la tour Eiffel. Ce n’est pas une moindre organisation pour cette guinguette qui, au cœur de l’été, peut accueillir par beau temps plus de 1 millier de fêtards sous les lampions et la musique. «On a dû former les agents de sécurité à utiliser l’application TousAntiCovid Verif. Ils contrôlent nos clients mais aussi nos employés. On détecte deux à trois cas positifs lors des grosses soirées parmi notre clientèle. On a aussi renvoyé un salarié positif chez lui», explique Camille Tiné, directrice du site.

Globalement, tout le monde joue le jeu. «Seuls 10 % de ceux qui n’ont pas le passe sanitaire refusent d’être prélevés. Les autres, comme ils sont en groupe, veulent suivre leurs amis qui ont pu rentrer grâce à leur passe, et ils se plient à la loi», précise Alawi, agent de sécurité à la porte de La Javelle.

«Surcoût de 5000 à 6000 euros par mois»

Mais ce dispositif a un coût. Si les tests réalisés sur place sont pris en charge par l’Assurance-maladie, dans un système de rémunération globale versée au groupement de pharmaciens, les deux agents de sécurité supplémentaires et les téléphones portables pour la vérification des passes sont à la charge de la guinguette.

«C’est un surcoût de 5000 à 6000 euros par mois, auquel il faut ajouter la moindre fréquentation provoquée par le passe, regrette Camille Tiné. Toutefois, je pensais qu’on allait perdre la moitié de notre chiffre d’affaires avec ce dispositif contraignant… Et finalement, nous affichons moins 25 %. On table désormais sur le beau temps pour redresser notre fréquentation.»