L’immigration afghane, déjà soutenue en France et dans les pays occidentaux

FOCUS – Les évacuations d’Afghans fuyant le régime taliban se poursuivent et s’ajoutent à des flux croissants ces dernières années.

Depuis le 15 août et l’entrée des talibans dans Kaboul signant la conquête du pays par les islamistes, les pays alliés ont mené des opérations d’évacuation et d’exfiltration de grande ampleur nécessitant une organisation et une logistique adaptées.

Les gouvernements de la coalition soutenant l’ancien gouvernement afghan se sont d’abord concentrés sur le rapatriement de leurs propres ressortissants avant de s’occuper des alliés afghans et de leurs familles fuyant le futur régime des talibans. La plupart souhaitent en effet accorder l’asile aux Afghans qui ont collaboré avec les alliés, ou dont les positions politiques ou idéologiques ne permettent pas de rester dans le pays en sécurité. Ces demandes d’asile s’ajoutent à une immigration afghane continue depuis plusieurs années avec la dégradation de l’insécurité dans le pays.

Un millier d’Afghans évacués en France

Les Américains ont évacué 48.000 personnes depuis la mise en place du pont aérien le 14 août – dont 11.000 en seulement 12 heures lundi -, à la veille de l’entrée des talibans dans Kaboul et de leur prise du pouvoir, selon la Maison-Blanche. Parmi eux, des milliers d’Afghans même si le nombre exact n’est pas connu. La France, où a atterri dans la nuit de dimanche à lundi un septième vol, en a évacué jusqu’ici plus de mille.

Le Royaume-Uni, de son côté, en a évacué plus de 3100 depuis le lancement de son opération baptisée Pitting. Les autres pays de l’Union européenne ont tous également rapatrié leurs ressortissants mais ont également embarqué beaucoup d’Afghans. À ce jour, l’Italie a exfiltré environ 1990 civils afghans en moins d’une semaine et compte en emmener encore 1300 autres se trouvant actuellement à l’aéroport de Kaboul. D’autres pays comme l’Espagne, la Belgique, la Hongrie, la Belgique, le Danemark ou la Suède en ont évacué également de leur côté plusieurs centaines.

Du côté du Canada, également présent avec les nations occidentales engagées en Afghanistan, c’est près de 800 Afghans qui sont arrivés dans le pays dans le cadre d’un nouveau programme spécial d’immigration. Les autorités canadiennes ont reçu environ 6000 demandes, dont près de la moitié a été traitée et approuvée.

Objectif d’accueil ambitieux

Des milliers de personnes se massent toujours aux abords de l’aéroport de Kaboul pour tenter de fuir le pays, dans une tension et un chaos indescriptibles qui compliquent les opérations d’évacuation. Les pays occidentaux affichent pour beaucoup leur désir d’évacuer le plus possible de personnes.

Si la France n’a pas mis en avant d’objectif particulier, Joe Biden a indiqué la semaine dernière que les États-Unis espéraient évacuer tous les alliés afghans et leurs familles, qui représentent entre 50.000 et 65.000 personnes. Le Canada s’est engagé pour sa part à accueillir 20.000 réfugiés afghans dans le cadre de son programme d’immigration instauré spécialement pour cette crise. Le Royaume-Uni a également souhaité, comme l’a déclaré Boris Johnson, accueillir plus de 20.000 personnes.

La France, «l’un des pays qui accueillent le plus»

Si l’Élysée a précisé mardi dernier que la France était «l’un des pays qui accueillent le plus d’Afghans et qui leur donnent le plus de protection», c’est parce qu’en effet, l’Afghanistan est le premier pays d’origine des demandeurs d’asile depuis quelques années. En 2020, plus d’un demandeur d’asile sur 10 venait du pays d’Asie centrale avec 10.364 dossiers déposés, devant la Guinée avec 6257 demandes et le Nigéria avec 4559 demandes. Selon les derniers chiffres, l’OFPRA accorde la demande de protection dans 64% des cas mais les recours sont tout de même possibles. La protection accordée passe alors à 89,9% après passage devant la Cour nationale du droit d’asile, contre 63% sur l’ensemble de l’Union Européenne.

Les demandes d’asile en provenance d’Afghanistan n’ont cessé d’augmenter à partir du milieu de la décennie 2010, sans discontinuer. «Le maintien de la demande afghane à un haut niveau s’explique par la dégradation de la situation sécuritaire dans les provinces d’origine des demandeurs d’asile», explique l’OFPRA dans son rapport d’activité de 2020. L’organisme précise que les raisons principalement invoquées pour recevoir l’asile en France sont «les menaces reçues pour s’être associé avec les autorités afghanes ou les forces étrangères et les accusations de coopération avec des groupes insurgés».

Ramené aux chiffres annuels des demandes d’asile en France, le nombre d’Afghans évacués n’est donc pas élevé pour l’instant. «Le surplus par rapport au passé récent ne sera pas massif, car cette vague va seulement s’ajouter à un flux continu qui a commencé bien avant, qui n’est pas lié à la victoire des talibans et qui va continuer», commente Olivier Roy, directeur d’études à l’EHESS et spécialiste de l’Afghanistan.

L’immigration clandestine

Toujours très difficile à chiffrer, il ne faut pas oublier les Afghans présents sur le territoire français illégalement. Sans existence juridique, il est difficile de rendre compte de leur nombre. «Beaucoup d’Afghans en France ne relèvent pas du traitement de la demande d’asile française», expliquait récemment sur RTL la directrice générale de France Terre d’Asile Delphine Rouilleault, rappelant que beaucoup d’Afghans sont présents en France sans être engagés dans des procédures d’accueil. Sur ce point-là, et concernant également les déboutés du droit d’asile, la France ainsi que plusieurs autres pays européens ont suspendu en juillet les expulsions vers l’Afghanistan.