Le FLNC menace de reprendre les armes

Dans un message vidéo, le mouvement clandestin critique «l’hégémonie» du président de l’exécutif corse.

La mise en scène est immuable: des hommes cagoulés et lourdement armés sont réunis, dans un lieu tenu secret, derrière une table barrée d’une banderole «FLNC». Le message, lui, a changé depuis les élections territoriales de juin dernier: désormais, le mouvement clandestin, composé de l’Union des combattants et du FLNC (Front de libération nationale corse) dit «du 22 octobre», s’en prend directement aux élus en place dans l’île.

Dans une déclaration prononcée dans la nuit de mardi à mercredi et transmise à la presse locale, le FLNC tire un bilan sans concession des élections territoriales, qui ont vu le nationaliste modéré Gilles Simeoni largement reconduit à la présidence de l’exécutif corse, mais cette fois sans l’alliance avec le parti indépendantiste Corsica Libera de Jean-Guy Talamoni, qui avait permis la première victoire du nationalisme à l’échelon régional en 2015. «Le constat est clair, les Corses veulent les nationalistes au pouvoir», se félicite le FLNC, avant de dénoncer «l’hégémonie choisie par la liste de Gilles Simeoni», qui «laisse présager d’une gouvernance sans partage». Les militants clandestins accusent le président de l’exécutif corse «d’ostraciser» les autres partis nationalistes, plus radicaux. «Nous sommes face à l’avènement d’un nouveau clan qui a utilisé tous les ressorts des prédécesseurs pour se faire élire. Et il y est parvenu, en édulcorant au possible son discours», poursuit le FLNC.

«Communauté de destin»

Le FLNC s’en prend également à l’État, accusé «d’aveuglement et de surdité politique» face aux résultats des élections locales: «A l’État français, nous disons clairement que si sa politique de mépris perdure, nous reprendrons définitivement, avec probablement plus de détermination encore que par le passé, les chemins de la nuit combattante que nous connaissons si bien.» Le FLNC, qui avait déposé les armes en 2014, pourrait-il mettre fin à six années d’apaisement sur l’île? Rien n’est moins sûr, estime André Fazi, politologue et maître de conférences en science politique à l’université de Corse: «Nul ne peut connaître les capacités opérationnelles des clandestins mais les moyens de répression et de surveillance de l’État sont sans commune mesure avec ce qui existait il y a dix ans. Si la lutte armée reprenait, les arrestations seraient faciles.» Le parquet national antiterroriste (Pnat) suit de près les groupes armés dans l’île: en mai dernier, une enquête a été ouverte dès l’annonce de la création d’une nouvelle branche armée du FLNC, baptisée «du 21 mai». La menace des armes serait donc plutôt un message politique «interne au nationalisme», analyse André Fazi. «Il s’agit surtout d’un rapport de force dans une nouvelle donne politique où seulement un parti nationaliste sur les quatre qui existent est au pouvoir», poursuit le politologue.

«C’est de la “pulitichella”», de la politique de bas étage en langue corse, balaye un ancien leader du FLNC. «L’échec de la lutte armée est patent et l’immense majorité des Corses n’y est pas favorable, estime-t-il. Le FLNC évoque des problèmes réels comme la voyoucratie ou la mafia, mais aujourd’hui il faut s’y attaquer à travers des mouvements citoyens et pas en jouant avec une symbolique mortifère.»

La dernière salve de la déclaration du FLNC est réservée aux «nouveaux arrivants» en Corse: «Cette terre n’est pas la vôtre», écrivent les clandestins. Un message adressé, là encore, plutôt à Gilles Simeoni qu’aux jeunes retraités attirés par le soleil ou aux actifs venus pourvoir un emploi dans l’île: la «communauté de destin» imaginée par le président de l’exécutif et censée rassembler tous les habitants de l’île est rejetée en bloc par le FLNC, pour qui la forte croissance démographique (+5,7% de 2013 à 2018, soit trois fois plus que la moyenne nationale), tirée uniquement par le solde migratoire, est une «colonisation de peuplement» provoquant la disparition «du peuple corse».

Une antienne du FLNC qui ne représente a priori pas une menace directe sur les personnes ou les biens, mais qui pourrait obliger le président de l’exécutif corse à prêter plus attention aux revendications des partis indépendantistes ainsi qu’aux nationalistes déçus par son premier mandat, qui pourraient être tentés par un engagement plus radical.