qui est Olivia Ronen, l’avocate de Salah Abdeslam ?

«Plus l’étau se resserre, plus notre rôle est essentiel», estime cette jeune pénaliste de 31 ans qui a déjà défendu plusieurs prévenus au profil radicalisé.

Olivia Ronen, 31 ans, est l’avocate parisienne qui a la lourde et délicate tâche d’assurer la défense de Salah Abdeslam, principal accusé du procès des attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 130 morts et près de 500 blessés à Paris et Saint-Denis.

«Je sais que ce ne sera pas simple», déclarait l’avocate à l’AFP il y a quelques jours. Depuis l’ouverture de l’audience devant la cour d’assises spéciale de Paris, ce mercredi 8 septembre, tous les regards se tournent vers son client : Salah Abdeslam, 31 ans, l’unique survivant des commandos des attentats de novembre 2015. «Tout d’abord, je tiens à témoigner qu’il n’y a pas de divinité à part Allah et que Mohamed est son messager», a-t-il déclaré dans ses premiers mots à la cour ce mercredi 8 septembre.

Une prise de contact à l’été 2018

C’est Salah Abdeslam qui a pris contact avec Olivia Ronen durant l’été 2018 depuis la prison de Fleury-Mérogis, où il est détenu sous très haute sécurité. «Ça a été une énorme surprise», confie la pénaliste au Parisien . L’avocate s’est ensuite rendue au parloir de Fleury en septembre 2018 pour le rencontrer, précise Le Parisien. «On a beaucoup discuté, j’ai pensé qu’il y avait quelque chose à faire», précise l’avocate à nos confrères. «J’aime les défis, me mettre en danger (…) On ne défend pas une cause, mais des individus. Même si parfois on essaie d’exclure quelqu’un de l’humanité, cette personne en fait partie tout autant que nous», ajoute-t-elle. Elle estime que le rôle de l’avocat est essentiel lorsque «l’étau se resserre».

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Profil très éloigné du médiatique ténor du barreau de Lille Frank Berton, un temps l’avocat de Salah Abdeslam, Olivia Ronen a été officiellement désignée en novembre dernier. Mais celle qui répète qu’elle ne veut pas «attirer la lumière» s’était gardée d’en faire la publicité, et avait repoussé au maximum le moment où elle se retrouverait sous les feux des médias. Avant l’ouverture du procès, l’avocate n’a pas souhaité s’exprimer sur l’état d’esprit de Salah Abdeslam ni sur la manière dont il compte aborder l’audience, lui qui est resté mutique pendant des années.

Une «grande bosseuse»

Silhouette menue et élégante, cheveux noirs en chignon haut sur la tête, Olivia Ronen est inconnue du grand public mais pas dans la profession. Quand elle enfile sa robe noire, elle a «une très grande force de conviction», une énergie «incroyable», assure sa confrère Me Fanny Vial, également en défense dans le procès du 13 novembre. Ses confrères la décrivent pêle-mêle comme «brillante», «précoce», «bosseuse», «extrêmement exigeante avec elle-même», «discrète» ou encore «ultra-efficace».

Née en 1990, Olivia Ronen grandit à Paris. Son père est chef d’entreprise. Sa mère, fonctionnaire au ministère des Finances, s’est rapidement arrêtée de travailler pour élever ses quatre filles. Elle fait dix ans de danse classique puis du théâtre «jusqu’à huit heures par semaine», s’oriente vers des études littéraires avant de bifurquer vers la fac de droit et l’école du barreau. Le pénal est une «évidence» et elle se bat «comme une dingue» pour obtenir un stage chez le célèbre pénaliste Thierry Lévy (décédé en 2017).

Elle prête serment en 2016 et est élue secrétaire de la conférence – ces jeunes avocats du barreau de Paris élus pour un an à l’issue d’un concours d’éloquence pour, notamment, être commis d’office dans les dossiers d’assises. Elle hérite ainsi d’affaires de petits attentats déjoués, défend Erwan Guillard, un ex-militaire parti faire le jihad en Syrie.

L’avocate confie avoir été marquée par un «sentiment d’impuissance» quand un de ses clients, impliqué dans le dossier des attentats de Nice mais qui contestait la qualification terroriste des poursuites, s’est suicidé en prison en 2019. Un combat auquel elle est sensible, elle qui a rédigé son mémoire sur « la place de la prison dans la lutte contre la récidive ». Elle est déjà intervenue au profit de jeunes radicalisés – ce qui pourrait expliquer que Salah Abdeslam ait fait appel à ses services -, mais aussi des membres de la mouvance d’extrême droite.

Olivia Ronen aime travailler seule, a ouvert son cabinet en solo mais a fait appel à un confrère de sa génération pour l’aider à assurer la défense de Salah Abdeslam : Martin Vettes, 32 ans, avec qui elle a déjà travaillé sur plusieurs dossiers d’assises. Avec nos «cinq ans de barreau» chacun, dit Me Vettes de son côté, «on aborde ce procès avec humilité». «Comment ce procès ‘hors-norme’ va se passer, personne ne le sait. On y va, pas bardés de certitudes, mais avec détermination».

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