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Quelques jours après avoir publié une analyse des salariés en situation de détachement dans le BTP français, la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), rattachée au ministère du Travail, dévoile ce 2 juillet 2021 une autre étude, cette fois consacrée à la place des travailleurs immigrés dans l’économie tricolore. On y apprend en premier lieu qu’en 2017, un emploi sur 10 était occupé par un étranger à l’échelle nationale, tous secteurs confondus, pour un total de 2,7 millions de salariés immigrés – c’est-à-dire les travailleurs résidents en France mais nés à l’étranger. Il s’agit généralement de postes exposés « à des conditions de travail contraignantes et/ou à des tensions sur le marché du travail », note la Dares.

 

De nombreuses similitudes entre salariés détachés et salariés immigrés

 

Ce qui est majoritairement le cas des métiers du bâtiment et des travaux publics mis en exergue dans l’étude : la filière compte, globalement, 19% d’emplois où les immigrés sont sur-représentés. Sans véritable surprise, les postes d’ouvriers non-qualifiés comme qualifiés sont prédominants. Ainsi, les étrangers représentent 24,8% des ouvriers qualifiés du gros-oeuvre du bâtiment, 27% des ouvriers non-qualifiés du gros-oeuvre du BTP, du béton et de l’extraction, 14,4% des ouvriers qualifiés du second-oeuvre du bâtiment, 16,8% des ouvriers non-qualifiés du second-oeuvre du bâtiment et 19,3% des ouvriers qualifiés des travaux publics, du béton et de l’extraction. Bien que moins représentés, les postes d’encadrement ne sont toutefois pas épargnés par cette tendance : 11,2% des cadres du BTP et 10,5% des conducteurs d’engins sont d’origine étrangère. Des chiffres qui font de la construction le deuxième secteur d’activité employant le plus de travailleurs immigrés, derrière les services aux particuliers et aux collectivités territoriales, et devant l’hôtellerie-restauration-alimentation.

 

« Un emploi est plus souvent occupé par un immigré lorsque le métier est exposé à des conditions de travail pénibles ou, dans une moindre mesure, lorsqu’il est en tension. Cela se vérifie à caractéristiques individuelles et autres caractéristiques d’emploi comparables entre les immigrés et les autres travailleurs, ces effets étant même renforcés pour l’emploi des immigrés arrivés récemment. »
-Dares

 

L’analyse des salariés étrangers se rapproche donc en de très nombreux points de celle des travailleurs détachés, rendue publique il y a peu. Par exemple, la Dares souligne qu’une majorité d’immigrés exercent leur profession en milieu urbain, et plus précisément dans le Sud et l’Est de l’Hexagone. Les régions qui comptent la part la plus importante d’immigrés dans leur niveau d’emploi total sont, là encore avec peu de surprise, la Guyane avec 29%, l’Île-de-France avec 22%, la Corse avec 12%, la Provence-Alpes-Côte d’Azur avec 10%, l’Auvergne-Rhône-Alpes avec 9%, le Grand Est et l’Occitanie avec 8%, et le Centre-Val de Loire avec 7%.

 

Des emplois plus précaires

 

L’étude s’est aussi attardée sur les détails « administratifs » de ces emplois exercés par des étrangers, en les comparant à ceux occupés par des salariés français. Il en ressort par exemple que « les travailleurs immigrés occupent moins souvent des emplois à temps complet (79% contre 84%) », qu’« ils ont plus fréquemment un contrat de travail à durée limitée (15% contre 10%) et exercent un peu plus souvent une activité non-salariée (12% contre 11%) ». Au passage, la Dares note que « 37% des travailleurs immigrés n’ont pas une nationalité et [que] 57% n’ont pas la nationalité française ».

 

Pour le reste, 55% des salariés étrangers exerçant en France sont des hommes, 16% vivent en couple avec 3 enfants ou plus et 12% seulement ont moins de 30 ans. Le niveau d’études est un autre critère sur lequel de fortes disparités s’observent : « La main-d’oeuvre immigrée se distingue par une polarisation du niveau de diplôme : elle compte plus de non-diplômés ou de très bas niveaux de diplômes mais aussi davantage de très hauts niveaux de diplômes, et ce, particulièrement parmi les plus jeunes », constate la Dares.

 

Le pays de naissance mais aussi le niveau d’études jouent sur la répartition des postes

 

La « ségrégation professionnelle » à laquelle seraient soumis les travailleurs immigrés dépendrait de nombreux facteurs comme le sexe, l’âge, l’ancienneté de présence sur le territoire français ou encore le pays de naissance. Les immigrés originaires de l’Union européenne, qui pèsent pour un tiers de l’ensemble de la main-d’oeuvre étrangère, auraient ainsi des postes « plus proches » de ceux des Français. Même si cela ne se vérifie pas pour l’une des nationalités les plus représentées dans le BTP : les 316.000 travailleurs portugais, qui représentent 12% du total des immigrés, occupent aussi 8% des postes d’ouvriers qualifiés du gros-oeuvre du bâtiment. Par contre, les Espagnols et Italiens (5% du total) s’avèrent davantage diplômés et exercent de fait des métiers plus qualifiés. « Ils sont ainsi trois fois plus présents parmi les personnels d’études et de recherche et les cadres du BTP, qu’en moyenne sur l’ensemble des emplois (respectivement 1,6%, 1,3% et 0,5%) », complète l’étude. Quant aux immigrés provenant d’Europe de l’Est, ils « occupent des métiers plus proches de ceux des natifs du Portugal ».

 

En 2017, l’immigration originaire d’Afrique représentait pour sa part 45% des immigrés travaillant en France, sachant que les natifs du Maghreb (Algérie, Maroc et Tunisie) pèsent à eux seuls pour 27%. D’après la Dares, « ils sont fortement sur-représentés parmi les postes d’employés ou d’ouvriers plutôt peu qualifiés », avec notamment une prépondérance des Marocains et Tunisiens sur les postes d’ouvriers et de conducteurs d’engins du BTP. De même, les immigrés d’origine turque (4% du total), globalement peu diplômés, se tournent plutôt vers les métiers de la construction. Les natifs d’Amérique Centrale ou du Sud s’orientent eux aussi majoritairement vers les postes d’ouvriers non-qualifiés du gros-oeuvre du BTP.

La construction, deuxième secteur recensant le plus de travailleurs immigrés