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ENTRETIEN – C’est en cela qu’il se distingue d’un 11 septembre américain, qui a été «la véritable matrice du XXIe siècle», analyse Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS.

Denis Peschanski, directeur de recherche au CNRS codirige le programme 13-Novembre. Construit sur douze ans, il étudie l’évolution de la mémoire des attentats.

LE FIGARO – Le 13 novembre est-il un 11 septembre français ?

Denis Peschanski. – Le 13-novembre n’a pas la même dimension internationale que le 11 septembre, qui est la véritable matrice du XXIème siècle. Par ailleurs, nous n’avons pas la même mémoire de ces deux évènements. La mémoire du 13 novembre se concentre sur la figure de la victime et de la défense collective de valeurs partagées, la Révolution et la laïcité. Avec le 11 septembre, les États-Unis ont lancé un mécanisme de résilience autour de figures de héros, comme les pompiers qui interviennent ou les passagers révoltés du vol de Pennsylvanie. Leur mémoire se construit autour des victimes, mais indissociablement de héros pour rebâtir la société américaine.

Comment caractériser la mémoire du 13 novembre ?

C’est avant tout une mémoire de victime. Cette dimension renvoie à une configuration mémorielle autour de figure structurante. Depuis les années 80, c’est la figure de la victime, quel que soit le sujet. Alors que des figures héroïques auraient pu être mises en avant comment ces gens qui sont sortis de leur immeuble avec une trousse de secours, cette grand-mère qui a ouvert son appartement à trente personnes, ou Didi, le vigile du Bataclan qui, voyant ce qu’il se passait, rentre et ouvre les issues de secours pour faire sortir les gens.

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Qu’est-ce que cette vision dit de nous ?

C’est un état de la société. Dans les années 60, la mémoire s’est construite autour de héros résistants, Jean Moulin, de Gaulle, la résistance communiste… À partir des années 80, il y a une sorte de délitement avec la France veule, la France collabo, la légende noire de la Seconde guerre. Néanmoins, depuis la fin des années 2000 réémerge la figure des héros. Quand on écoute l’hommage d’Emmanuel Macron à Arnaud Beltrame, il dit que ce combat s’inscrit dans la continuité de celui de la Résistance et refuse qu’on se souvienne du nom de l’assassin. Samuel Paty n’est pas érigé en victime, mais comme un hussard noir de la République qui a tenu. Celui qui était professeur et qui a été assassiné alors qu’il défendait les valeurs que nous portons dans son enseignement. Enfin, la mémoire qui se construit du Covid se concentre sur le héros soignant et non la victime.

Quelle différence de mémoire entre les attentats de Charlie et ceux du 13 novembre ?

Pour les attentats de janvier 2015, c’est nous, peuple français, qui nous mobilisons autour des valeurs héritées de la Révolution et de la laïcité qui sont un socle commun menacé par les terroristes. Les attentats du 13 novembre disent que nous sommes tous potentiellement visés, c’est ce qui donne de la force à cette mémoire. La mémoire est dans l’histoire et évolue avec elle, dans quelques années cette mémoire sera différente. De plus, cette mémoire agit sur le présent. Si le 11 janvier 2015, quatre millions de personnes sont dans les rues, c’est au nom de la Révolution et de la laïcité.

«La mémoire du 13 novembre se concentre sur la figure de la victime»