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Lors des Défis bâtiment santé, Corinne Langlois, sous directrice à l’architecture, à la qualité de la construction et du cadre de vie au ministère de la Culture, a rendu hommage au travail des architectes, bien conscients des défis que doit relever la filière construction dans son ensemble. L’une des problématiques majeures étant celle du ‘recyclage’ du bâti, dans une optique amenant à davantage rénover que détruire pour reconstruire. Selon elle, cette vision des choses a toujours prévalu tout au long de l’histoire européenne, avant d’être négligée à partir de l’Après-guerre. « Recycler le cadre bâti est une caractéristique de la culture européenne », a-t-elle rappelé. « Nous avions besoin d’économiser les ressources quand on construisait en pierre, en bois, avec des matériaux qui n’étaient pas inépuisables, longs et coûteux à transporter. » C’est cette logique qui a permis d’assurer la bonne transmission des biens d’une génération à l’autre. « Nous avons désappris ces savoirs – entretenir, réparer, trier et transmettre – en très peu de temps », regrette-t-elle. Mais la crise environnementale pourrait nous contraindre à réadopter cette philosophie.

 

Transformer est aussi « un acte de création »

 

Les exemples d’un tel recyclage des bâtiments sont nombreux : Corinne Langlois cite le Louvre, dont les traces de trois différentes époques subsistent aujourd’hui ; mais aussi la chambre des notaires à Paris, ou encore la bourse de commerce de la capitale, récemment rénovée par Tadao Ando. « La jeune génération d’architectes est très engagée dans le recyclage et la réutilisation », assure-t-elle, ne souhaitant pas que cette méthode soit associée à une absence de créativité architecturale. « Transformer est en train de devenir reconnu comme étant un acte de création. » Cette manière de voir les choses pourrait être élargie, de plus, à l’échelle du quartier, avec des transformations d’usages, comme dans le cas de la halle Freyssinet à Paris, ou le quartier du grand parc à Bordeaux.

 

 

L’idée de recyclage passe également par le réemploi des matériaux trouvés sur place, ou de déchets de chantier, avec le concours possible d’artisans locaux. Ainsi, les résidus de toitures peuvent être utilisés pour réaliser des sols ou des terrasses qui n’existaient pas, par broyage et transformation. En matière de conception, il faut aussi aujourd’hui déjà penser au futur démontage.

 

« Cela ne fera pas de la ‘grande architecture’ qui fera des super photos »

 

« Nous avons une image de l’architecte vieille de deux siècles », assure Corinne Langlois. La jeune génération, selon elle, est d’ores et déjà engagée dans les optimisations d’usage, les biosourcés, l’optimisation foncière, et sur des sujets complexes comme l’intervention sur des parkings existants ou les sous-face de périphériques. « En général, les architectes ont aujourd’hui plutôt un coup d’avance qu’un coup de retard. Ils saisissent ce qui émerge de la société et travaillent dessus. Cela ne fera pas de la ‘grande architecture’ qui fera des super photos, mais cela constitue une réponse aux enjeux sociétaux d’aujourd’hui. »

« Nous avons une image de l’architecture vieille de deux siècles », C.Langlois