Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

RÉCIT – Dans les Pyrénées, une école aux méthodes pédagogiques inspirées par l’anthroposophie a été fermée pour «manquements pédagogiques», sur fond de tensions locales avec les néoruraux.

Des «grands mythes fondateurs», plutôt que l’histoire géographie, un «éveil artistique et sensoriel» préféré à l’enseignement des sciences. À Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), les parents d’élèves d’une école hors contrat aux méthodes inspirées de la pédagogie Steiner-Waldorf ont été sommés de les inscrire dans un autre établissement, quinze jours avant la rentrée scolaire. En cause, de «nombreux et persistants manquements» ont été constatés par les inspecteurs de l’éducation nationale lors de plusieurs contrôles, a confirmé le rectorat de Toulouse au Figaro.

La pédagogie Steiner Waldorf est fondée sur les écrits de Rudolf Steiner (1861-1925), philosophe et occultiste autrichien à l’origine de l’anthroposophie. Cette doctrine ésotérique, surveillée de près par la Miviludes, se veut proche de la nature et présente le monde comme animé par des forces spirituelles. Il existe une vingtaine d’écoles Steiner-Waldorf en France et plusieurs centaines en Europe. Un enseignement alternatif qui, tel que dispensé aux Boutons d’Or, ne remplissait pas les exigences de l’éducation nationale, à en croire les rapports de l’inspection académique consultés par Le Figaro. «L’enseignement est essentiellement fondé sur l’oral, les activités artistiques et sensorielles. La pauvreté des traces écrites tant en qualité qu’en quantité ne permet pas d’attester de l’évolution des élèves dans les apprentissages du socle commun», observe un rapport daté de juin 2019.

VOIR AUSSI – École musulmane d’Albertville : une justice folle?

«Eviter la lecture avant la perte des dents de lait»

Les sciences ne sont pas enseignées avant la sixième : «Il est expliqué que les élèves avant cet âge n’ont pas la maturité nécessaire pour comprendre les phénomènes ou les principes scientifiques». En mars 2020, un autre rapport explique que l’enseignante souhaite «éviter de donner aux élèves une vision trop matérialiste du monde car il existerait différentes interprétations possibles aux phénomènes naturels». L’école se passe également d’histoire-géographie : «Les seuls textes proposés aux élèves traitent de la création du monde ainsi que des grands mythes fondateurs», poursuit le rapport.

«La science est abordée par cette pédagogie comme une croyance parmi d’autres», détaille David Castebrunet, secrétaire départemental du syndicat SNUipp-FSU, qui a lancé l’alerte auprès de l’inspection académique. «Certaines choses nous ont mis la puce à l’oreille. L’école considère que l’enseignement de la lecture doit être évité avant la perte totale des dents de lait.» En guise d’éducation sportive, les élèves sont initiés à l’eurythmie, une danse qui se veut «langage corporel universel.»

Les rapports pointent également une «insalubrité» et une «vétusté» des locaux de l’école, installés dans une maison. «Le sanitaire prévu pour deux classes et la cantine des élémentaires est camouflé uniquement par un rideau», note le rapport de 2019. «Les poubelles se situaient à proximité du réfrigérateur contenant le déjeuner des élèves.»

Une guerre locale «contre les néo-ruraux»

Dans un communiqué, la direction de l’école «réfute la quasi-totalité» des affirmations des rapports d’inspection. «Nous soutenons l’action en justice de la plupart des parents qui entendent obtenir l’annulation de leur mise en demeure, en particulier au nom de la liberté de l’éducation garantie par la constitution», poursuit la direction. De son côté, la Fédération Steiner-Waldorf rappelle que seul le jardin d’enfants était labellisé dans son réseau d’écoles. «Cette école a connu une croissance rapide et nous attendions de connaître toute leur organisation pour leur accorder le label», détaille la responsable de la communication Lucie Iskendar. Elle regrette toutefois «un contexte local qui a largement accentué les difficultés de l’école» : «Une école qui subit neuf inspections en trois ans, c’est du jamais vu !»

Car l’école des Boutons d’Or semble cristalliser depuis plusieurs années les tensions à Bagnères-de-Bigorre. Au printemps dernier, Charlie Hebdo avait chroniqué cette querelle de clocher qui oppose les habitants traditionnels de la ville et les néoruraux. «Toute une population de trentenaires s’est installée dans la vallée pour inscrire leurs enfants aux Boutons d’Or, au détriment de l’école publique qui elle a dû fermer une classe. En cinq ans, ils sont passés de 3 à 62 élèves», détaille Sylvette Le Moal, ancienne commissaire paritaire du SNUipp et ancienne conseillère municipale d’opposition. «Leur arrivée a beaucoup clivé dans la ville. Ils ont fait flamber le prix de l’immobilier. Ils avaient pour projet un écovillage avec une école allant de la crèche au collège, des habitats partagés, des épiceries citoyennes», poursuit-elle. «Au-delà de l’école et de l’écologie, c’est tout un contexte qui nous a donné l’impression que ces gens se sont approprié les lieux, avec des visées politiques.»

VOIR AUSSI – Instruction à domicile: «On ne laissera aucun enfant sortir du giron républicain», assure Sarah El Haïry

une école Steiner-Waldorf fermée avant la rentrée