Autres articles

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

La note trimestrielle de conjoncture des Notaires de France « confirme […] la tendance soulignée le trimestre précédent » : si le nombre de transactions augmente, c’est au profit d’une nouvelle typologie de biens et vers des zones géographiques qui s’éloignent des grandes villes. Certains biens qui répondaient alors à une demande essentiellement locale trouvent désormais preneur auprès d’un panel plus large d’utilisateurs. On observe ainsi des relocalisations, notamment vers des petites villes, voire des villes moyennes.

 

Ce constat a d’abord été ressenti spécifiquement pour les maisons anciennes autour de la capitale, les Parisiens ayant témoigné une tendance marquée à partir vers des petites villes, essentiellement situées dans des départements limitrophes. Fait nouveau, les chiffres des bases immobilières notariales « révèlent une tendance similaire en maisons anciennes dans d’autres métropoles » : ainsi, autour de la métropole lyonnaise, et dès le deuxième semestre 2020, les Lyonnais ont davantage orienté leurs départs vers des villes de moins de 3.500 habitants, situées dans les départements limitrophes (Isère, Ain, Loire), dans des zones « plus vertes, aussi sans doute financièrement plus accessibles ». Cette envie de verdure, corroborée par l’essor impromptu du travail à distance, « semble traduire une volonté de déconnexion connectée », indique le Conseil supérieur du notariat.

 

Début de généralisation des départs des métropoles

 

Ce constat se reproduit pour la région toulousaine. Le CSN y voit « un début de généralisation à l’échelle des métropoles françaises », qui trouve écho dans le fait qu’au second semestre 2020, les Français ont eu « une plus grande propension à quitter leur département d’origine qu’au second trimestre 2019 ». Le nombre de départs a progressé de 13% malgré un nombre de transactions à fin 2019 supérieur à celui de fin 2020.

 

Le volume de ventes de logements anciens en cumul sur les douze derniers mois atteint 1,13 million de transactions à fin mai 2021, un niveau record depuis 2000. Ce volume est d’autant plus remarquable que « même s’il intègre le report des ventes non réalisées lors du premier confinement, il traduit avant tout le dynamisme du marché immobilier sur toute cette période ».

 

Une incidence sur les prix inégale

 

Au 1er trimestre 2021, la hausse des prix des logements anciens en France métropolitaine ralentit avec +1,4% par rapport au 4e trimestre 2020, après + 2,4% au trimestre précédent. Sur un an, la hausse des prix décélère également : +5,9%, après +6,4%. Cela est principalement dû à un ralentissement sur le marché des appartements, expliquent les Notaires : +5% sur un an contre +6,3% au 4e trimestre 2020.

 

En maisons, la hausse est similaire à celle enregistrée le trimestre précédent : +6,6% sur un an contre +6,5% au 4e trimestre 2020. Les projections issues des avant-contrats en France métropolitaine prévoient, pour fin août 2021, une hausse des prix des appartements sur un an légèrement supérieure à celle enregistrée au 1er trimestre 2021 (+5,5% à fin août 2021). Le dynamisme déjà constaté sur le marché des maisons se confirmerait, avec une accélération importante de la hausse des prix à fin août 2021 à +8,9%.

 

Effet de balancier

 

Mais ces tendances nationales « ne sont pas révélatrices de la totalité de la réalité constatée dans l’évolution du marché et de l’effet de balancier enclenché ». La hausse continue et prononcée du prix des maisons confirme l’attrait vers un besoin renforcé d’espace, notamment des résidents des grandes métropoles. « Mais ceux-ci exportent avec eux leur pouvoir d’achat immobilier », analyse le CSN. Ce pouvoir d’achat « ne correspond pas forcément à celui des utilisateurs locaux. Cela déséquilibre à la hausse ces marchés, générant des prix anormalement élevés et pas toujours justifiés ».

 

En résonance, « l’amorce de départs des grandes métropoles y engendre un atterrissage de la hausse des prix » : pour exemple, à Paris intra-muros, les Notaires constatent un effet plateau, conséquence d’une chute accentuée des volumes (-14% dans la capitale sur un an à la fin du 1er trimestre 2021). D’après les indicateurs avancés sur les avant-contrats, le prix des appartements devrait atteindre 10.720 €/m² en août 2021, soit une hausse de 1% en trois mois, alors qu’en un an, les prix devraient se stabiliser (-0,2%) à cet horizon : « la forte pression haussière des derniers trimestres semble néanmoins interrompue ». Les ventes se font en moyenne en trois semaines à Paris là où, notamment en Bretagne Sud, les biens à la vente se sont raréfiés.

 

Un phénomène passager ?

 

Néanmoins, à ce stade, le CSN estime qu’« il est prématuré d’affirmer que cette tendance est annonciatrice d’une redistribution pérenne du marché immobilier, ou procède encore d’un phénomène éphémère et plus directement lié à la crise sanitaire ». Mais ce changement de morphologie immobilière « semble se généraliser dans l’Union européenne », préviennent les notaires.

 

Le moral préservé des ménages et les économies réalisées lors des confinements « ont permis à de nombreux Français de se lancer dans un nouvel achat immobilier ». Mais la crise sanitaire a-t-elle redistribué les cartes ? Ou les tendances récemment amorcées modifieront-elles durablement la consommation que nous faisons de l’immobilier ? « La pierre a toujours gardé une place de choix dans le cœur des Français. Mais aujourd’hui, elle n’apparaît plus comme pierre investissement, coffre-fort-sécurité ou rendement, mais bien comme pierre qualité de vie, signe d’une évolution, peut-être passagère, des consciences ».

Vers une nouvelle géographie du marché de l’immobilier ?