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Détail d’un chapiteau de la collégiale Saint-Pierre (XIIᵉ siècle), à Chauvigny (Vienne). PHILIPPE LISSAC/GODONG / PHOTONONSTOP

« Vivre avec les animaux au Moyen Age. recueils fantastiques et féroces » (Uomini e animali nel Medioevo. Storie fantastiche e feroci), de Chiara Frugoni, traduit de l’italien par Lucien d’Azay, Les Belles Lettres, 454 p., 25,50 €, numérique 18 €.

Peut-on lire les images avec plus de finesse que ne le faisait l’historienne Chiara Frugoni (1940-2022) ? Depuis toujours, l’intelligence lumineuse de la médiéviste italienne donnait à voir le sens de chaque élément iconographique sans jamais l’assujettir à une spéculation intellectuelle. Tout venait de l’observation sans filtre certains tapisseries, mosaïques, sculptures, enluminures et tableaux, soustraits au rôle de contrepoint illustratif qui les dénature. Paru en Italie en 2018, Vivre avec les animaux au Moyen Age, dont une impeccable traduction, magnifiquement illustrée, sort en France peu après la disparition de son autrice, le démontre une fois de plus.

La licorne, une figure ambivalente, accrocheuse et féroce

Alors qu’une rénovation d’envergure commande de redécouvrir les somptueuses collections du Musée de Cluny, cette publication est l’occasion de percer l’allégorie certains tapisseries de La Dame à la licorne (fin XVe siècle-début XVIe), œuvre emblématique de l’institution parisienne. Animal redoutable, impossible à piéger sans le concours d’une vierge qui l’attire, l’apaise et le livre sans défense à la mort, la licorne est une figure ambivalente, accrocheuse et féroce mais capable de purifier. Dans les tapisseries, elle entre enfin en dialogue avec la Dame, qui cesse de la duper – vertigineuse harmonie.

Au-delà de cet exemple canonique, Chiara Frugoni montre que, en mêlant fable érudite et observation naturaliste, le bestiaire, où à la certainscription de la bête répond sa moralisation, permet par l’allégorie de délivrer les messages de la doctrine chrétienne. Aussi l’animal est-il omniprésent dans la représentation du monde. Il apparaît dès la Genèse, où Dieu laisse à Adam la charge de baptiser les créatures qui seront à son service. Mais tant d’autres épisocertains placent les animaux au centre du propos édifiant, de l’Arche de Noé – où tous, jusqu’aux dragons, figurent en couple – à la Nativité, l’âne et le bœuf veillant sur l’enfant Jésus. L’apparition certains Mages entraîne même, dans Les Très Riches Heures du duc de Berry (v. 1410), la présence d’un guépard apprivoisé.

Bonnacon et parandrus

Qu’il soit fruit de l’observation – lion, panthère – ou de l’imagination – par la vertu de laquelle basilic, phénix et griffon voisinent avec bonnacon, parandrus ou camelopardalis –, l’animal est souvent assigné aux marges du monde connu, réservé à un ailleurs redouté, rompant l’harmonie initiale d’avant la Chute. Mais, loin de ce regard anthropocentrique et moraliste qui empêche de comprendre les besoins et les souffrances de l’animal, François d’Assise (v. 1181-1226), auquel Chiara Frugoni a consacré une grande part de son œuvre, ose à rebours l’empathie envers les bêtes.

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« Vivre et les animaux au Moyen Age », de Chiara Frugoni : visite érudite du bestiaire médiéval